Symantec France licencie, les partenaires s’inquiètent

JOHANN ARMAND
symantecLa filiale française de l’éditeur vient d’achever un PSE qui s’est conclu par le départ du quart de son effectif. Conséquence du plan d’économies annoncé il y a un an, ce PSE laisse les partenaires dans le brouillard.

 

Symantec vient de se séparer du quart de son effectif France. Mené dans la plus grande discrétion, le processus vient de s’achever avec le départ d’une quarantaine de salariés sur les quelque 170 que comptait la filiale française. Parmi les partants, des avant-vente, des PAMs (responsables de comptes partenaires), des cadres commerciaux – parmi lesquels Christophe Négrier, ex-patron du channel, passé aux grands comptes depuis peu…

 

Chez les partenaires, c’est un sentiment d’abandon qui domine. « Mes interlocuteurs habituels sont partis et je n’ai plus aucun contact avec Symantec depuis plusieurs semaines. C’est le black-out total », constate effaré un partenaire « suivi ».

 

Mais au-delà de la relation partenaires, c’est toute l’entreprise qui semble à la dérive. Quatrième éditeur mondial derrière SAP et devant VMware, Symantec semble en panne de stratégie. « Ça fait au moins un an et demi que ça dure », regrette notre partenaire. Pour lui, le problème vient du trop grand nombre de produits – il y en a 180 – que l’entreprise a à son catalogue. « Symantec n’arrive plus à maintenir et développer toutes ses lignes de produits, estime-t-il. Des arbitrages auraient déjà dû être faits depuis deux ans. Or rien ne bouge. C’est l’immobilisme complet ».

 

Une impression de dérive renforcée par la mise à pied de deux PDG en moins de deux ans pour insuffisance de résultats. Et l’entreprise n’a d’ailleurs toujours pas annoncé de successeur à Steve Bennett, remercié en mars dernier, ce qui retarde d’autant les indispensables décisions stratégiques. Résultat : des produits qui n’évoluent plus et des parts de marché en recul.

 

« Vue de notre fenêtre, on constate une certaine défection des clients vers d’autres solutions en ce qui concerne les solutions de type Storage Foundation et Clustering, signale un partenaire versé dans les solutions de stockage …. C’est également vrai pour le backup mais avec plus d’inertie compte tenu des cycles d’évolution des architectures de sauvegarde ».

 

« Sur la partie gestion de parc et d’inventaire (Altiris), le produit a pris du retard sur la concurrence, soupire un partenaire spécialisé. Du coup, Symantec ne gagne plus aucun client mais continue de mobiliser des ressources en support ». Une situation intenable à long terme pour ce partenaire.

 

Vision, la conférence clients et partenaires qui s’est tenue la semaine dernière à Las Vegas, n’a apparemment pas convaincu grand monde qu’il pourrait en être autrement. L’éditeur a certes tenté de rassurer en annonçant notamment des investissements massifs dans la sécurité unifiée et dans la gestion unifiée de l’information. Mais à part de nouvelles versions de Back-up Exec et d’Enterprise Vault, un service Cloud de reprise après sinistre intégré à Azure et un service managé de détection des menaces avancées, il a fait peu d’annonces tangibles.

 

Il n’en a par exemple pas dit plus sur l’avancée de son projet de suite intégrée censée regrouper ses différentes offres de protection (terminaux emails, passerelles…) et n’a fait qu’allusion à la recombinaison dans une plateforme unique de ses technologies de sécurité Cloud, de ses solutions de protection des infrastructures d’extrémité et de son offre de gestion Altiris.

 

Interrogé par nos confrères de CRN, le patron d’un partenaire étasunien, Conventus, n’y va pas par quatre chemins. Il explique que sa société restera encore investie dans sa relation avec Symantec sur le court terme mais que l’incertitude actuelle l’oblige à étudier des partenariats avec des concurrents de l’éditeur, y compris dans le domaine de la sécurité.

 

Et d’enfoncer le clou en déclarant : « les changements et les perturbations durent depuis trop longtemps. On parle beaucoup de produits intégrés mais même si lesdits produits arrivaient maintenant sur le marché, il faudrait encore compter sur le délai nécessaire pour que les partenaires s’en emparent, apprennent à les vendre et à la déployer correctement ». Sous-entendu : c’est déjà trop tard !

 

Une opinion que partagent plusieurs partenaires avec qui nous avons échangé : « même si un nouveau PDG venait à être nommé maintenant, il lui faudrait des mois pour comprendre la situation et prendre les décisions stratégiques qui s’imposent », explique l’un d’eux. Pour lui, une vente du groupe par appartements est inéluctable.

Publicités
Par défaut